Orlando di Lasso (1532–1594)
Compositeur franco-flamand de la fin de la Renaissance, Orlando di Lasso incarne l’aboutissement du style polyphonique mûri au sein de l’école franco-néerlandaise. Immensément prolifique, il s’illustre dans tous les genres vocaux, sacrés comme profanes, en mettant la richesse du contrepoint au service d’une expressivité textuelle d’une grande finesse.
Giovanni Bassano (1561–1617)
Cornettiste virtuose et compositeur de l’école vénitienne, Giovanni Bassano joue un rôle déterminant dans le développement de l’ensemble instrumental de la basilique San Marco. Son traité sur la diminution et l’ornementation instrumentale témoigne d’une maîtrise exceptionnelle de l’art ornemental, qui irrigue ses propres œuvres et marque durablement la pratique des instruments à vent.
Giovanni Gabrieli (1554–1612)
Organiste et compositeur à San Marco, Giovanni Gabrieli est l’un des grands maîtres du style polychoral (cori spezzati). Dans ses motets, canzonas et sonates – notamment ceux des Sacrae/Symphoniae sacrae – il exploite avec une virtuosité architecturale les chœurs et ensembles spatialisés de la basilique, créant des effets d’écho, de masse sonore et de couleur qui annoncent déjà le langage baroque.
Alessandro Grandi (1590–1630)
Actif à San Marco et proche collaborateur de Monteverdi, Alessandro Grandi s’impose comme une figure essentielle du début du baroque vénitien. Il est particulièrement reconnu pour ses motets en stile concertato destinés à de petites formations (duos, trios, voix solistes avec basse continue) et compte parmi les premiers à illustrer, tant par la forme que par la pratique, l’esthétique nouvelle de la cantata.
Andrea Gabrieli (1533–1585)
Oncle de Giovanni, Andrea Gabrieli est l’un des pionniers du grand style vénitien. Compositeur et organiste, il conçoit ses œuvres chorales et instrumentales en fonction des vastes ressources acoustiques de San Marco, pensant la musique pour les grandes cérémonies publiques et les dispositifs polychoraux qui deviendront la signature de l’école vénitienne.
Adrian Willaert (1490–1562)
Souvent considéré comme le véritable fondateur de l’école vénitienne, Adrian Willaert marque profondément la vie musicale de San Marco en tant que maestro di cappella. Ses Salmi spezzati, psaumes antiphonés pour chœurs séparés, constituent une étape décisive vers le style polychoral, en exploitant la disposition spatiale des tribunes pour renouveler la dramaturgie sonore de la liturgie.
Biagio Marini (1594–1663)
Violoniste et compositeur de la première génération baroque, Biagio Marini figure parmi les précurseurs de la sonate pour violon. En étendant la tessiture de l’instrument et en recourant aux doubles et triples cordes, à la scordatura et à l’un des premiers tremolos notés explicitement, il contribue à redéfinir la virtuosité violonistique. Son activité à San Marco, sous la direction de Monteverdi, l’inscrit au cœur de l’innovation musicale vénitienne.
Tarquinio Merula (1595–1665)
Compositeur du premier baroque, actif principalement à Crémone et Bergame comme organiste et maître de chapelle, Tarquinio Merula occupe une place centrale dans l’émergence des formes nouvelles. Cantate, aria, sonate da chiesa ou da camera, variations sur basse obstinée et sinfonia s’y déploient dans un langage où la basse continue, l’alternance récitatif/air et la souplesse rythmique affirment une sensibilité résolument moderne.
Giovanni Croce (1557–1609)
Compositeur de l’école vénitienne, Giovanni Croce est particulièrement en vue comme madrigaliste. Aux côtés de ses œuvres plus sérieuses, il cultive les canzonettes et mascarades de carnaval à coloration comique, étroitement liées à la vie festive de la Sérénissime, où clarté du texte, vivacité rythmique et esprit populaire se rejoignent.
Claudio Monteverdi (1567–1643)
Figure charnière entre Renaissance et Baroque, Claudio Monteverdi est à la fois l’héritier de la grande polyphonie et l’artisan d’un langage nouveau. Auteur de neuf livres de madrigaux, du Vespro della Beata Vergine (1610) et d’opéras fondateurs tels que L’Orfeo, il revendique la seconda pratica, qui donne la priorité au texte, aux dissonances expressives et à la basse continue, face à la prima pratica plus strictement contrapuntique.